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Atelier Asamï : le mingei japonais s'installe dans le 17e

Il existe, au 59 rue Sauffroy dans le 17e arrondissement de Paris, un atelier qui ne ressemble à aucun autre. Pas de vitrine tapageuse, pas de slogan marketing. Juste une porte, de l’argile, et une femme — Asamï Nishimura — qui a traversé deux cultures pour en distiller l’essentiel : la conviction que la beauté naît du geste humble, du matériau honnête, de la main qui travaille sans prétention.

Cette conviction porte un nom dans l’esthétique japonaise : le mingei. Et c’est autour de ce fil conducteur que l’Atelier Asamï tisse, semaine après semaine, un dialogue singulier entre l’archipel nippon et la capitale française.

Le mingei, ou la beauté sans artifice

Le terme mingei — littéralement « art du peuple » — a été forgé dans les années 1920 par le philosophe et esthète japonais Sōetsu Yanagi, en réaction à la montée de la production industrielle de masse. Yanagi cherchait à réhabiliter les objets du quotidien : le bol de paysan, la jarre de potier, la natte tissée à la main. Ces objets ne prétendaient à rien — et c’est précisément pourquoi ils touchaient à quelque chose d’universel.

Asamï Nishimura a fait sien ce regard. Dans son atelier parisien, les pièces ne cherchent pas à épater. Elles cherchent à être utiles, à être vraies, à être belles de cette beauté-là — celle qui ne s’impose pas mais qui s’installe, doucement, dans le quotidien de celui qui les tient entre ses mains.

Ce positionnement est rare dans le paysage céramique parisien, souvent dominé par un certain esthétisme contemporain — épuré, conceptuel, parfois distant. Ici, on revient aux fondamentaux : la terre, le feu, la main.

Un atelier, trois matières, quatre techniques

Les matières premières

L’atelier travaille en grès, en faïence et en porcelaine — trois familles d’argile aux caractères bien distincts.

Le grès, cuit à haute température (1 200 à 1 300 °C), est la matière du quotidien solide et robuste. Ses textures sont souvent rugueuses, ses couleurs terreuses, ses émaux discrets. C’est la matière mingei par excellence.

La faïence, quant à elle, cuit plus bas (900 à 1 100 °C) et se prête à des émaux plus vifs, plus colorés. Elle est plus fragile, mais plus accessible pour les débutants.

La porcelaine est la plus exigeante des trois : capricieuse à travailler, elle récompense la précision par une blancheur et une translucidité incomparables. Elle est souvent associée aux pièces les plus fines de l’atelier.

Les techniques enseignées

L’Atelier Asamï enseigne quatre techniques complémentaires, qui correspondent chacune à un rapport différent à la matière :

Le colombin est l’une des plus anciennes techniques céramiques connues. On roule l’argile en longs boudins, puis on les superpose et on les lisse pour former les parois d’un récipient. Elle développe la patience et la sensibilité tactile — deux qualités que l’atelier cultive délibérément.

La plaque consiste à étaler l’argile en feuilles d’épaisseur régulière, que l’on découpe et assemble pour créer des formes angulaires ou architecturées. Elle convient particulièrement aux formes plates, aux plateaux, aux carreaux, aux sculptures géométriques.

Le tournage est la technique iconique, celle du potier assis face à son tour en rotation. C’est aussi la plus difficile à maîtriser : il faut des dizaines d’heures avant que la terre commence à « répondre » avec docilité. Le tour exige une concentration totale, une présence dans l’instant qui n’est pas sans rappeler la méditation.

Le moulage permet de reproduire des formes précises à l’aide de moules en plâtre. C’est une technique plus méconnue du grand public, mais fondamentale dans la céramique industrielle comme artisanale — elle permet de créer des séries cohérentes, des pièces complexes ou des volumes impossibles à obtenir au tour.

Ensemble, ces quatre techniques couvrent un spectre très large de la pratique céramique. Les proposer toutes au sein d’un même atelier est un choix pédagogique affirmé : celui de ne pas enfermer l’élève dans une seule approche, mais de lui donner les clés pour explorer.

Le kintsugi : réparer, c’est révéler

S’il est une pratique qui incarne l’âme de l’atelier, c’est sans doute le kintsugi.

Le mot signifie littéralement « jointure en or » (kin = or, tsugi = raccord). C’est l’art japonais de réparer les céramiques brisées non pas en cachant les fissures, mais en les soulignant à l’aide d’une laque mélangée à de la poudre d’or, d’argent ou de platine. Le résultat est saisissant : les cicatrices deviennent les lignes les plus précieuses de l’objet. La pièce réparée vaut plus que la pièce intacte.

Dans la philosophie japonaise, le kintsugi est indissociable du concept de wabi-sabi — cet art d’accepter l’imperfection et la transience des choses. Un bol ébréché n’est pas un échec : c’est un bol qui a vécu, qui porte l’histoire de ses usages, de ses chutes, de ses accidents.

L’Atelier Asamï pratique et enseigne le kintsugi. C’est une extension naturelle de l’esprit mingei : la beauté ne réside pas dans la perfection industrielle, mais dans l’authenticité de l’objet et de son histoire.

Pour Paris — ville qui jette volontiers et consomme vite — ce geste de réparation et de valorisation de l’objet blessé prend une résonance particulière.

Les cours : entrer dans la pratique

L’Atelier Asamï propose plusieurs modalités pour découvrir ou approfondir la céramique.

L’initiation : deux heures pour toucher la terre

Pour celles et ceux qui ne savent pas encore si la céramique est « pour eux », l’atelier propose des sessions d’initiation de deux heures. En un après-midi, on pose les mains sur l’argile, on apprend les gestes de base, on repart avec une pièce façonnée. C’est une porte d’entrée sans engagement, idéale pour les curieux.

Les cours du week-end

Les cours du week-end s’adressent à ceux dont l’emploi du temps ne permet pas de venir en semaine. Ils permettent néanmoins de progresser de manière régulière et de s’inscrire dans la durée — condition sine qua non pour avancer en céramique.

Les cours hebdomadaires

Pour les pratiquants assidus, les cours hebdomadaires offrent le rythme idéal : une présence régulière qui permet à la mémoire corporelle de s’installer, aux gestes de se consolider, aux projets de prendre forme semaine après semaine.

Dans tous les cas, l’atelier privilégie les petits groupes — condition indispensable pour un enseignement qui respecte le rythme de chacun et la spécificité de chaque projet.

Un dialogue franco-japonais

Ce qui rend l’Atelier Asamï particulièrement précieux dans le paysage parisien, c’est la cohérence de sa vision. Il ne s’agit pas d’exotisme japonisant — de bambous et de pagodes en trompe-l’œil. Il s’agit d’une transmission authentique : celle d’une philosophie de la matière et du geste, portée par une praticienne qui en a intériorisé les fondements.

Paris a toujours été une ville de rencontres entre cultures. La céramique, discipline aussi ancienne que la civilisation elle-même, est l’un des terrains les plus féconds de ces échanges. Depuis les influences chinoises et japonaises sur la faïence européenne aux XVIIe et XVIIIe siècles — le phénomène de la « chinoiserie » — jusqu’aux artistes contemporains qui naviguent entre les traditions, l’argile a toujours su traverser les frontières.

L’atelier du 59 rue Sauffroy s’inscrit dans cette longue histoire. Avec discrétion, avec précision, avec cette qualité de présence que l’on trouve dans les meilleures ateliers artisanaux : la conviction que ce que l’on fait mérite qu’on le fasse bien.

Pourquoi aller à l’Atelier Asamï ?

Il y a, à Paris, de nombreux endroits où apprendre la céramique. Certains sont excellents. L’Atelier Asamï se distingue par sa singularité philosophique autant que par la qualité de son enseignement technique.

On y va pour apprendre à travailler le grès, la faïence, la porcelaine. On y va pour maîtriser le colombin, la plaque, le tour ou le moulage. On y va pour découvrir le kintsugi et comprendre ce qu’il dit de notre rapport aux objets et à la durée.

Mais on y va aussi — peut-être surtout — pour s’initier à un autre rapport au monde : celui du mingei, qui rappelle que la beauté n’est pas l’apanage des musées et des galeries. Qu’elle peut vivre dans un bol posé sur une table, dans les rainures laissées par un pouce sur l’argile fraîche, dans la ligne dorée d’une fissure réparée.

Cet atelier ne promet pas de révolution. Il offre quelque chose de plus rare : une pratique ancrée, cohérente, généreuse — et un espace pour que chacun trouve, à son propre rythme, son rapport à la matière.

Atelier de céramique japonaise à Paris, techniques mingei et kintsugi

L’Atelier Asamï est situé au 59 rue Sauffroy, Paris 17e. Toutes les informations sur les cours — initiation, week-end, hebdomadaires — sont disponibles sur asami.fr.

— Théo P.